Marcel Saint-Pierre et la maison patrimoniale de Laval
Marcel Saint-Pierre, figure majeure de la peinture contemporaine québécoise, est né le 17 mai 1944 à Laval et décédé le 6 août 2021 à Montréal. Il a été peintre, poète, historien de l’art, critique et professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1970 à 2005. Formé à l’École des beaux-arts de Montréal, puis à l’Université de Montréal et à Paris X, il a cofondé le Département d’histoire de l’art de l’UQAM. Dans une approche innovante pour l’époque, Saint-Pierre combinait enseignement, création et critique, influençant plusieurs générations à expérimenter l’art comme une discipline qui se vit sur le terrain. Aussi membre honoraire de Verticale centre d’artistes, Saint-Pierre a largement contribué à la diffusion de l’art actuel au Québec comme à l’internationale.
Saint-Pierre a aussi innové du côté plastique en développant, dans les années 1980, une technique unique de double transfert, qui consiste à plier une toile pliée et à la tremper dans l’acrylique, à la déplier sur du plastique, puis à la transférer sur un châssis, produisant ainsi des textures et des motifs imprévus. L’artiste refusait l’individualité visible dans le geste, cherchant plutôt une abstraction née de l’histoire même de la peinture. Ses œuvres sont décrites comme « jubilatoires » et marquées par un engagement critique où chaque tableau est un fait d’histoire.
Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions majeures et ses œuvres font partie des collections du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée d’art contemporain de Montréal ainsi que de Bibliothèque et Archives Canada. De plus, l’artiste a été lauréat entre autres du prix Louis-Comtois (1992), du Prix du Conseil de la culture de Laval (2004) et du Prix hommage du Conseil de la culture de Laval (2007). Marcel Saint-Pierre (Laval, 1944 – Montréal, 2021). En 2023, l’exposition Libérez la peinture ! à la Maison des arts de Laval a célébré son parcours, mettant en lumière son esprit critique, sa vision novatrice et son engagement social.
À travers une approche à la fois poétique et intellectuelle de la peinture, Marcel Saint-Pierre a revendiqué un geste libéré de l’ego, une recherche constante de l’inattendu et une œuvre à la croisée de l’abstraction et de la pensée critique. Son parcours scolaire, son enseignement, ses essais et sa production picturale font de lui une figure incontournable de l’art contemporain au Québec.
Adresse de la maison
765, rue des Patriotes
Sainte-Rose, Laval (Québec) H7L 2M5
Vers 1729 : construction et héritage d’un lieu historique*
*Jusqu’à récemment, sa construction était estimée par les historiens entre 1729, année de la concession de la terre à Pierre Filiatrault, et 1763, année où la présence de la maison apparaît pour une première fois dans un acte notarié alors que Pierre lègue la propriété à son fils Charles-Pierre.
De récentes interventions archéologiques apportent des précisions à ces informations: des analyses dendrochronologiques** réalisées à partir d’échantillons prélevés sur des poutres de plancher et un linteau de fenêtre permettent d’avancer avec plus d’assurance que la maison aurait été construite vers1729 ou peu après, et qu’elle aurait connu différentes phases d’agrandissements successives jusqu’à adopter sa volumétrie et sa matérialité actuelle vers 1778.
Ces éléments de datation laissent donc croire que le carré de maison d’origine aurait été construit par Pierre Filiatrault tandis que l’agrandissement arrière aurait été réalisé par son fils, Charles-Pierre Filiatrautl, peu après que la terre lui a été cédée afin de loger les parents et les enfants sous un même toit.
** La dendrochronologie est une méthode de datation très précise qui permet, en présence du dernier cerne formé sous l’écorce d’un arbre, d’identifier la date exacte d’abattage d’une pièce de bois à l’année près, voire à la saison près.
Une maison qui nous raconte 300 ans de notre histoire… et même plus!
L’intérêt patrimonial supérieur de la résidence de création Marcel-Saint-Pierre repose sur son ancienneté, sa valeur historique, architecturale, d’usage, de contexte et d’authenticité.
Défrichage et agriculture de subsistance, essor du village, explosion de la villégiature, développement suburbain d’après-guerre, effervescence artistique et culturelle… la maison a vu l’évolution de Sainte-Rose et de l’Île Jésus sur près de 300 ans ! La résidence de création Marcel-Saint-Pierre est un exemple rare et remarquablement bien préservé d’une maison prenant racine en Nouvelle-France. Elle nous transporte dans le temps et nous permet de mieux comprendre comment l’on vivait sur l’Île Jésus, du 18e siècle jusqu’à aujourd’hui.
Le bâtiment et son site sont en effet des témoins précieux des premiers établissements sur l’Île Jésus. La maison est l’une des plus vieilles résidence de l’île Jésus encore présente aujourd’hui à Laval ! Son histoire remonte aux balbutiements de la paroisse de Sainte-Rose-de-Lima (fondée en 1740), deuxième paroisse sur l’Île après Saint-François-de-Sales (1721).vers Le site a révélé des artéfacts qui pourraient se rattacher à des activités humaines encore plus anciennes, liés notamment aux échanges et à la traite avec les peuples autochtones.
Représentative des premières maisons de ferme en Nouvelle-France implantée en bordure de la rivière des Mille Îles, elle a appartenu à quatre familles sur 3 siècles : les Filiatrault (1729-1818), les Cadieux (1818-1872), les Desjardins (1872- 972) et à l’artiste Marcel Saint-Pierre (1976-2018).
Celui-ci tombe sous le charme de la résidence et s’affaire à la restaurer avec soin. Il installe son atelier de création dans la maison de style « boomtown » située sur le même terrain et organise plusieurs événements culturels sur le site, avec la complicité de sa conjointe, l’historienne de l’art Anithe de Carvalho, dont un pique-nique hommage aux automatistes et aux signataires du manifeste Refus global le 9 août 2008 à l’occasion du 60e anniversaire de la parution de ce texte fondamental dans l’histoire de l’art du Québec.
Avec ses murs en pierres non taillées, son toit à deux versants et ses cheminées massives, la maison possède plusieurs caractéristiques de l’architecture domestique de la fin du Régime français (18e siècle) souvent associée à une « architecture d’artisans » ou à une « architecture sans architecte ». Érigée vers 1729, la maison aurait été agrandie jusqu’en 1778 et maintes fois adaptée au fil du temps, notamment au 19e siècle, alors que le grenier dédié autrefois à l’entreposage du grain se transforme en espace habitable entrainant l’ajout de lucarnes à pignons pour la lumière et l’aération, ou que la toiture initiale adopte la tôle à baguettes et se prolonge avec un larmier légèrement retroussé. La résidence, qui a toujours conservé un usage résidentiel et un excellent état d’intégrité en raison de son évolution harmonieuse, bénéficie aussi d’un contexte particulièrement intéressant, sied sur un vaste site rappelant son passé agricole et profitant d’un aménagement paysager enchanteur en bordure de rivière des Mille Îles.
Un site qui continue de nous révéler son passé
Certains indices relevés par les archéologues portent à croire que Pierre Filiatrault aurait bâti sur son lot une cabane rudimentaire lui ayant servi d’habitation durant le défrichage initial et la construction de sa maison en pierre destinée à la pérennité. En effet, un secteur du site recelait, entre autres, d’une grande quantité de nodules de torchis, soit un mélange d’argile et de foin typique aux constructions en « bois rond ». Cette matière servait à combler les espaces entre les billes de bois. C’était ainsi qu’on isolait les maisons en Nouvelle-France. Les archéologues ont aussi pu avancer l’hypothèse de la présence d’un four à pain sur le terrain, une structure essentielle du complexe agricole colonial, le pain constituant jusqu’à 85 % des aliments ingérés quotidiennement en Nouvelle-France.
Une nouvelle vie pour un lieu inspirant, entre création artistique et bras ouverts vers la communauté
La Ville de Laval fait l’acquisition de la maison en 2018 et entreprend de nouveaux travaux avec l’appui financier du ministère de la culture et des communications pour redonner au bâtiment toute sa splendeur, l’adapter aux normes contemporaines et à ses nouveaux usages : un centre de création artistique multidisciplinaire qui accueillera des artistes d’ici et d’ailleurs et participera à la revitalisation de la Berge des Baigneurs – au bénéfice de toute la communauté.
Inventaires archéologiques
La firme ZED architectes a été mandatée par la Ville de Laval pour l’ensemble du projet, des esquisses jusqu’à la réalisation du chantier et la livraison du bâtiment. Elle a accompagné l’entrepreneur Arthier ainsi que tous les professionnels impliqués dans le projet.
Plusieurs éléments caractéristiques ont été conservés et restaurés avec soin : la maçonnerie d’origine, l’évier en pierre sous la fenêtre de la cuisine, les boiseries intérieures et moulures. Une nouvelle toiture en tôle à baguette a été installée, un type de toiture traditionnelle qu’on aurait probablement retrouvé sur la maison au 19e siècle lorsqu’on y a ajouté un larmier légèrement retroussé.
Le projet comportait d’importants défis relevés avec brio: une chambre à coucher et une salle de bain devaient être aménagées au rez-de-chaussée pour être accessible universellement. Le terrain devait aussi être nivelé et repensé pour permettre un accès de plein pied à l’arrière et à l’avant de la maison aux personnes à mobilité réduite. L’équipement des pièces devaient être modulable pour s’adapter à des usages tantôt privés (espace de vie ou de travail), tantôt publics (ateliers et salles d’exposition/médiation) et pouvoir servir des artistes aux pratiques diverses (peinture, littérature, photographie, etc.). L’aménagement paysager du terrain devaient aussi convenir à ces différents usages et délimiter des endroits publics et semi-privés. Finalement, comme la structure de bois du toit était fortement endommagée, des éléments de renforts ont été mis en place.
Comme la Ville prévoyait des aménagements paysagers et était consciente que de tels travaux pouvaient avoir un impact sur le patrimoine enfoui, la firme Arkéos a été mandatée pour réaliser, au printemps 2022, une étude de potentiel archéologique portant sur la demeure et son terrain. Cette étude a mis de l’avant le fort potentiel archéologique du secteur, tant au niveau des occupations autochtones qu’eurocanadiennes. Dans ce contexte, la Ville de Laval a mandaté Arkéos à l’automne 2022 pour effectuer un premier inventaire archéologique sur l’ensemble du terrain, dans le but de statuer sur la présence et l’état d’éventuels vestiges. Cette intervention s’est soldée par la désignation du site BjFk‑14, couvrant l’ensemble du terrain.
Puisque ce premier inventaire a mené à la découverte de contextes archéologiques et de témoins matériels s’étalant de l’occupation autochtone ancienne jusqu’au XXe siècle, la Ville a de nouveau mandaté Arkéos afin d’accompagner l’équipe de réalisation dans la planification du projet d’aménagement, de manière à prévoir les interventions archéologiques appropriées aux endroits où les travaux projetés risquaient d’entraîner la destruction de contextes archéologiques. Cet accompagnement a conduit à l’exécution d’interventions archéologiques en 2024 et 2025. Fragments de petits calumet en pierre, jetons à l’effigie de Louis XV, bols ou terrines billet d’entrée au parc Dominion datant de 1915, cuillère de la cafétéria montréalaise Northeastern lunch, immortalisée dans un poème de Leonard Cohen…De nombreux artéfacts améliorent compréhension du site et bonifient les connaissances sur l’histoire lavalloise. (pour plus de détails, consulter la page patrimoine archéologique – à venir à l’été 2026).
Une résidence de création au cœur de la communauté
Dès l’automne 2026, la Ville de Laval y déploiera un programme de résidence de création ancré sur le territoire et au sein de la communauté, qui se matérialise dans un lieu patrimonial et qui contribue au développement artistique du milieu culturel lavallois.
Ce lieu ancestral, qui porte le nom de son illustre dernier occupant, continuera ainsi d’inspirer de nombreuses générations d’artistes, tout en gardant les bras ouverts et alimentant le dialogue avec la communauté lavalloise.
En savoir plus sur le programme de résidence de création de Marcel Saint-Pierre.